Thème

La section Design de l’Académie Libanaise des Beaux-Arts (Alba) sera l’hôte de la 11ème rencontre des Ateliers de la Recherche en Design (ARD 11) qui se tiendra à Beyrouth du 9 au 12 novembre 2016 sous la présidence de Marc Baroud, directeur de la section. La thématique centrale de la rencontre est l’interculturalité.

Les Ateliers de la Recherche en Design désignent le réseau international des chercheurs francophones en design depuis 2006, qui participe à la construction d’une activité de recherche dans une perspective d’échanges scientifiques avec d’autres disciplines connexes au design et en lien avec des partenaires publics ou privés. Cette 11ème édition marquera le 10ème anniversaire des ARD.

Le thème de cette édition : l’interculturalité

Que l’activité du design soit particulièrement sensible aux contextes dans lesquels elle s’exerce est une évidence. Les particularismes de la culture scientifique, technologique, juridique, entrepreneuriale, politique, artistique, sociétale (etc) des différents lieux de pratique, d’enseignement et de recherche du design constituent ainsi autant d’obstacles mais aussi d’opportunités, d’espaces de contraintes mais aussi de libertés, de stagnation mais aussi d’innovation. Nous nous pencherons à l’occasion de cette 11ème rencontre sur la question de l’interculturalité, une question qui parcourt depuis quelque temps bien des champs du savoir et de l’action humaine, notamment celui du design lorsqu’il est confronté à des enjeux sociétaux et sociaux, lorsqu’il poursuit des projets d’intérêt public, lorsqu’il s’attache à garantir la qualité matérielle, psycho-sociale et culturelle-spirituelle des mondes où se sont établies les différentes cultures. « Notre intelligence, dit Alain Mabanckou l’écrivain franco-congolais actuellement titulaire de la chaire ‘création artistique’ au Collège de France, se mesure à notre capacité à rencontrer les autres civilisations, à en faire une sorte d’inventaire qui nous permet de nous définir et de donner une direction à notre destin ».
Plus précisément, sera posée la question de la généralisabilité et la transférabilité des propositions de design (messages, produits, espaces, services, politiques publiques) développées dans et par un contexte culturel donné vers un autre, et seront examinées les conditions dans lesquelles de tels transferts s’avèrent souhaitables et possibles…ou pas. Cette question est au cœur d’une des impulsions fondatrices des ARD, que nous souhaitons approfondir : la Francophonie et sa ‘biodiversité’ intellectuelle et culturelle.
Dans cette perspective et dans le prolongement de la rencontre de Montréal (ARD10), nous privilégierons les problématiques liées à l’adoption croissante de l’approche design dans la conception et la mise en œuvre des politiques publiques. À l’origine, la démarche design s’est présentée comme un complément ou une alternative à l’approche administrative habituelle, à sa lenteur procédurière et sa lourdeur bureaucratique, notamment dans les pays à forte présence étatique. Mais que se passe-t-il dans les cas où l’État, par choix idéologique (libéralisme) ou par paralysie (vacance, corruption, insuffisance de moyens) doit s’en remettre soit à l’initiative privée, soit aux acteurs de l’économie sociale et solidaire pour assurer l’intérêt général et le bien commun ? Le Liban et la ville de Beyrouth sont à cet égard de bons représentants de cette dernière alternative, où l’on doit à l’innovation « Jugaad ou l’art de la bidouille » (Radjou, Prabhu et Ahuja, 2012) d’une part, et à de nombreuses ONG d’autre part, un bon nombre d’initiatives parfois exemplaires, qui feront l’objet de présentations lors de cette rencontre.

– Radjou, N, Prabhu, J. et Ahuja, S. (2012), Jugaad Innovation: Think Frugal, Be Flexible, Generate Breakthrough Growth, John Wiley & Sons.